Graine de Pitchouns
- Bafodé Diakité

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Publié le 24/04/2019 à 15h45
Modifié le 25/04/2019 à 09h15

Toulousain pur souche, buteur en janvier au Stadium, Bafodé Diakité pourrait découvrir ce samedi le Stade de France avec le groupe Gambardella. Présentation d'un Pitchoun passé par toutes les émotions depuis son arrivée sur l'île du Ramier, à douze ans.

Avec Bafodé, c'est un ascenseur émotionnel qui nous attend. Une aventure sans aucun temps mort, où les rebondissements se succèdent, sans jamais pouvoir s'y attarder. L'histoire d'un petit garçon préférant les cours de récréation aux entraînements les mercredis après-midi : "Je n'aimais pas les règles, les touches. Au CLAE, quand le ballon sortait, on continuait de jouer avec les collègues. Il aura fallu que mon frère vienne me chercher à la sortie de l'école et m'accompagne jusqu'au stade pour que je m'intéresse vraiment au football"

Une histoire d'amour avec le ballon rond qui aurait pu pourtant s'arrêter rapidement, lorsque celui-ci dû mettre un terme provisoire au sport, en juin 2017. En cause, une malformation cardiaque détectée, évidemment incompatible avec le football de haut-niveau. Vainqueur douze mois plus tôt de la Coupe du Midi U15 avec sa génération 2001 (et 2002), le voici contraint de patienter, à attendre l'avis des spécialistes. 

"Tout a commencé par des tests normaux, à la clinique. Au moment de partir, je suis retenu, et on m'explique via le docteur que mon activité sportive doit être stoppée durant une période de pause.  En gros, mon coeur grossissait tout seul, et cumulé avec de l'activité sportive, il y aurait pu y avoir des problèmes. J'étais totalement dans le flou. J'ai compris à ce moment-là que le foot pouvait s'arrêter à tout moment. Pouvoir en faire son métier, c'est une chance pour les rares qui y parviennent."

 

Retour express et finale

Mais l'enfant du TAC, arrivé à douze ans au TFC, n'abandonnera jamais son désir de réussir. Plutôt que d'attendre une nouvelle chance, Bafodé enfonce les portes, et s'impose dès son retour (en février 2018) comme le latéral droit des U17 d'Anthony Bancarel, qualifiés pour les play-offs du championnat. Voici le garçon en haut de l'affiche, plus polyvalent que jamais. Longtemps formé dans l'axe, gabarit exceptionnel oblige, l'international tricolore (U16-U18) fait des ravages sur le flanc, pendant que l'axe Cazenave - Rouault performe.

Un parcours à la Issou Dao, déjà présent pour lui avec les Pitchouns, et encore aujourd'hui au sein du staff professionnel d'Alain Casanova. A Lyon, pour les quarts de finale, Bafo' s'offre même un but d'exception, celui de la manita (0-5). Deux semaines plus tard, il échouera face à Rennes, et devra se contenter de la place de finaliste. 

 

"Oui, j'ai pleuré"

Rapidement, le retour au Centre de Formation ne suffit plus au talent de ce Toulousain de naissance. Il participe au stage de pré-saison du groupe professionnel au coeur de l'été, impressionne avec l'équipe réserve, avant de voir Alain Casanova le convoquer aux entraînements quotidiens. Sans faire de bruit, toujours souriant et respectueux, le garçon commence à montrer les dents, et finit par être aligné au début du mois de décembre, face à Reims. Une première aboutie, récompensée d'un succès en Champagne (0-1). Quinze jours plus tard, à Caen, l'épisode s'avère plus douloureux. A quelques secondes du coup de sifflet final, le Pitchoun concède un penalty cruel, transformé par Fajr, synonyme de défaite. Groggy dans le vestiaire, alors accompagné de Kalidou Sidibé, le Pitchoun met plusieurs minutes à se remettre de cette déconvenue. 

"C'était terrible. Dans ta tête, tout s'effondre. Tu espères que le penalty soit arrêté, mais c'est mort après le but. Je suis sorti du terrain sans saluer mes adversaires. Dans les vestiaires, j'ai pleuré. Le Coach t'explique avant le match qu'il te prend pour apporter un plus à l'équipe, et tu fais perdre des points. Les heures suivantes sont difficiles à digérer, mais le match suivant m'a fait du bien. Les paroles du Coach m'expliquant que l'action ne changeait en rien ce qu'il avait vu de moi jusqu'à présent, ça m'a rassuré."

Alain Casanova n'hésite pas à le faire entrer en jeu, quatre jours plus tard, à Lille, pour tenir un succès sur le papier inespéré (1-2). Le garçon peut alors partir en vacances l'esprit plus léger, et préparer une deuxième partie de saison alléchante. 

 

Le plus beau des cadeaux

On le retrouve au matin du dimanche 6 janvier 2019, quelques heures avant la réception de Nice en trente-deuxième de finale de la Coupe de France. Un jour encore gravé dans sa mémoire. Celui de son dix-huitième anniversaire, mais également de son premier but en professionnel, à la réception d'un centre en retrait de Max-Alain Gradel. "Je ne sais pas ce que je faisais là. Le Coach m'avait demandé de coller leur excentré, pour éviter qu'il prenne de la vitesse et de l'avance dans les transitions. Sauf qu'au fil de l'action, j'avance et je progresse sur le terrain. D'un coup, je vois Max-Alain et je fais un appel dans la surface. Et là, boum... Derrière, tu ne réfléchis à rien. Je cherche ma famille dans les tribunes, mais je ne la trouve pas. Mon plus beau souvenir, le combo gagnant (rires)".

Clin d'oeil purement toulousain, Issa Diop est alors présent au Stadium pour célébrer avec le Pitchoun ce moment symbolique. Désormais, Bafo' est chez les pros, pour de bon ! Pendant ce temps-là, à Concarneau, puis à Andrézieux, les U19 enchaînent les tours de Gambardella. L'idée d'un come-back est loin de le laisser insensible. "Je me souviens, deux ou trois jours avant le huitième face au Havre, à la fin de l'entraînement, j'avais croisé le Coach Jean-Christophe Debu. Je lui avais demandé s'il restait de la place pour moi. On avait souri tous les deux."

 

Boucler la boucle

Son retour avec ses collègues s'effectue finalement pour les quarts de finale, face à Tours, sur le Stadium Annexe (2-0). Déjà imperméable depuis deux tours (Concarneau 0-3 puis Le Havre 0-6), la défense violette ne tremble pas beaucoup plus face au finaliste de la précédente édition. "J'avais un peu la pression, parce qu'on pouvait dire de moi que je redescendais du groupe pro, alors que la défense était ultra-solide déjà sans moi. Tout s'est très bien passé, heureusement (sourire)."

Symbolique de la polyvalence des Pitchouns, les postes changent mais le jeu reste. Pour que Bafodé s'impose dans l'axe, Moussa Diarra passe sur le côté gauche, pendant que Tom Rapnouil monte d'un cran. La qualification dans la poche, au terme d'un match maîtrisé de bout en bout, propulse le groupe U19 en demi-finale, face à Montpellier, au Stadium. Un nouveau rendez-vous, historique celui-ci. Depuis 2005, le TFC restait sur deux quarts de finale perdus. 

"Jouer sur cette pelouse avec mes amis du Centre de Formation, c'est un moment magique. Evidemment, j'ai eu la chance de disputer des rencontres avec le groupe professionnel, et même de marquer devant ma famille sur le terrain de mon club de coeur. Mais, cette demi-finale de Coupe Gambardella, c'est l'occasion pour moi de boucler la boucle de ma formation toulousaine. Avec certains, j'ai été champion du Midi en U15 ! (Kinima - Cazenave - Himeur - Goncalves - Bangré)"

 

Le "Stade de la France"

Samedi à 17h15, Bafodé pourrait donc être du groupe toulousain du côté de Saint-Denis. L'occasion de permettre à son club formateur de remporter un nouveau trophée, et au Centre de Formation qui l'accueille au quotidien depuis désormais plus de six ans de compter un nouveau trophée. Né sur les bords de la Garonne, Toulousain pur souche, ce gaillard de dix-huit ans n'a jamais vu "en vrai" l'antre des Bleus. 

"Mais même en tant que spectateur, je n'ai jamais vu l'intérieur ce stade. C'est pas un stade comme un autre, c'est le Stade de France, le Stade de la France, celui des Bleus, de la finale 1998. Certains dans l'équipe, comme Kouadio, connaissent bien l'endroit. Ils y ont grandi. Moi, je ne connais pas, donc ce serait une belle occasion ! (sourire)"

A trois jours de la finale et avec ce dernier épisode, il vous est désormais possible de retrouver les portraits des onze joueurs titulaires lors de la demi-finale face à Montpellier : Thomas Himeur - Lucas Cazenave - Anthony Rouault - Bafodé Diakité - Moussa Diarra - Mahamadou Tounkara - Tom Rapnouil - Kouadio Koné - Nathan Ngoumou - Killian Corredor - Amine Adli (+ Adil Taoui)

 

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