Graine de Pitchouns
- Adil Taoui

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Publié le 27/02/2019 à 15h00
Modifié le 30/10/2019 à 15h23

Triple buteur dimanche face au Havre AC, Adil Taoui a démontré en soixante minutes toute l'étendue de son talent. Revenu d'une lourde blessure, le Limougeaud semble plus fort que jamais. Portrait haut en couleur du surprenant et sympathique jeune homme.

« Il y avait la petite famille sur le bord du terrain. Je voulais leur faire plaisir. » Nul doute que celle-ci a dû être ravie de voir Adil trouver le chemin des filets à trois reprises ce dimanche face au Havre. Car en soixante minutes, top chrono, le natif de Limoges a mis au supplice une équipe normande rapidement débordée. Un triplé express, lui permettant de compter déjà sept réalisations cette saison en Coupe Gambardella, pour trois apparitions (!). Mais avant de s’amuser ballon au pied sur les bords de la Garonne, le jeune homme a d’abord arpenté les berges de la Vienne, au coeur d’une cité limougeaude pourtant dévouée au basket, et son Cercle Saint-Pierre couronné de succès à l’échelle nationale et européenne (1993).

De l’orange de l'A.S. Saint-Louis Val de l'Aurence au bleu de la JA Isle, Adil fait le tour du département de la Haute-Vienne, avant de rejoindre le club phare local, le Limoges Football Club, en rouge. Son apprentissage passera enfin par le Pôle Espoirs de Châteauroux, important dans sa progression d’homme comme de joueur. Désormais, c’est en Violet qu’il en fait voir de toutes les couleurs à ses adversaires. A l’issue de sa deuxième année de formation, le garçon choisit de rejoindre le Toulouse Football Club. Une décision pleinement réfléchie : «Le club, par Christophe Bastien, me connaissait déjà très bien pour m’avoir suivi depuis la catégorie U12. J’ai eu des propositions ailleurs, mais je sentais bien Toulouse. L'envie était présente, et il y avait cette volonté de ne pas trop m’éloigner de ma famille. Ici, tous les critères sont respectés.»

 

Adil rattrape (déjà) le temps perdu

Sa première saison pour le TFC ne fait que confirmer ses talents. Un premier exercice sous les conseils d'Anthony Bancarel, conclu par quatorze réalisations, le meilleur bilan du Centre de Formation avec Derick Osei Yaw : "C'est clair que pour ma première saison, j'avais réalisé de superbes performances. Dès les premières semaines, j'ai gagné une place de titulaire et après j'ai enchaîné. J'étais vraiment content de moi après ce premier exercice". Des débuts fracassants accompagnés d'un coup d'éclat au Tournoi du Val de Marne.

Avec la sélection U16, en bleu, Adil fait le show, marque, impressionne et s'offre le trophée de joueur de la compétition. D'un coup d'un seul, son nom commence à se diffuser. Les appels, eux, ne tardent pas. Il en faudrait pourtant plus pour faire tourner la tête du jeune ailier : "Evidemment, des personnes te contactent, mais je n'y ai pas trop prêté attention. C'est flatteur, mais encore très vague. Moi, je suis bien ici, je progresse. Déjà, à Limoges, j'étais souvent au centre des attentions. J'ai pris cette situation comme similaire, seulement à un niveau supérieur."

Et puis vint la blessure, certainement la pire pour un joueur : les croisés, après une frappe contrée. En pleine ascension, Adil est contraint de passer la saison 2017/2018 sur le flanc, à regarder ses partenaires performer. Les U17 atteignent la finale des play-offs, les U19 les quarts de la Gambardella, pendant que la réserve lutte pour la montée jusque dans les ultimes instants de la dernière journée, à Nîmes : "J'aurai aimé participer avec eux, les aider, mais la blessure m'imposait de me reposer et laisser mon corps travailler. C'est une blessure très frustrante, parce que les progrès peuvent être très rapides lors des premiers mois, au point que tu t'imagines revenir. En réalité, c'est impossible. Il avait été convenu avec le chirurgien de ne pas rejouer de la saison. Le protocole a été respecté."

Aujourd'hui, s'il avoue encore avoir du mal à enchaîner les efforts week-end après week-end, Adil ne ressent aucune appréhension avant les matchs. Une première victoire, pour celui qui a signé son premier contrat professionnel à l'été 2018 : "C'est un geste fort de la part du club. Quand tu as une telle blessure, tu ne sais jamais dans quel état tu vas revenir. Vais-je retrouver mon agilité ? Ce n'était pas certain. Le club a misé sur moi, et c'est une marque de confiance qui m'a fait plaisir. C'est toujours plus agréable de faire sa rééducation l'esprit plus léger quant à mon avenir".

 

"Je célébrerai mes buts plus tard"

Désormais atout majeur de la formation Gambardella comme du groupe National 3, Adil espère légitimement gagner ses premières minutes avec le groupe professionnel d'Alain Casanova. Mais le Limougeaud reste conscient des efforts qui lui restent à fournir pour arriver à son objectif : "Il me reste du travail pour y parvenir. Au niveau de mon corps également. Je reste vigilant avec mes pépins physiques. La Ligue 1, c'est un autre niveau. Quand je vois mes coéquipiers y parvenir... Evidemment, ça me donne faim. Mais n'oublions pas que Bafodé (Diakité), Kouadio (Koné) ou Nathan (Ngoumou) restent sur une saison pleine en jeunes, pendant que moi j'étais en soins. Il ne faut pas précipiter les choses. J'attends mon tour (sourire)"

Amateur de beau jeu, biberonné aux excentricités de Ronaldinho, Adil nous fait immédiatement penser au génie belge Eden Hazard, un autre modèle : "Messi, c'est très compliqué de s'identifier parce qu'il est gaucher, et il réalise en vérité plus de crochets que de dribbles. Neymar et Eden Hazard, ça me parle plus." Une deuxième similitude, celle-ci plus tactique, nous vient également en comparant les deux phénomènes. "Lui aussi joue souvent en ce moment en pointe, mais préfère évoluer sur un côté pour provoquer et effacer les adversaires. C'est également mon cas. Ce n'est pas un secret : mon poste préférentiel est celui d'ailier gauche, avec le jeu et les adversaires face à moi à la réception du ballon. Seulement, pour l'équilibre du collectif, les coachs m'alignent aussi en numéro neuf, parfois plus dans une volonté de protection de balle ou de remise, mais également pour prendre de la profondeur dans l'axe. Je ne suis pas extrêmement fan, mais si c'est pour le collectif, je me dévoue volontiers."

Extravagant sur le terrain, capable d'effacer une défense à lui tout seul, Adil surprend également à la finition, où il est très rare de le voir célébrer ses réalisations. Sur son triplé du week-end, l'international tricolore sera resté d'une sobriété impressionnante, et ce malgré un troisième but sublime, sur laquelle l'ensemble de sa palette technique s'est exprimée : "Célébrer des buts en jeunes ? Sincèrement, et ce n'est pas de la fausse modestie, mais je n'ai pas atteint un stade où je dois le faire. Peut-être plus tard, mais aujourd'hui, je ne ressens pas ce besoin. C'est une question de comportement. De même que tu ne me verras pas prendre la parole dans un vestiaire. Je suis assez hermétique quant à la pression, je ne vais pas m'inventer un statut de leader alors que je préfère rester un peu dans ma bulle pour me préparer". 

 

"Les buts à l'extérieur sont souvent plus savoureux"

Dimanche, le garçon était donc en famille. De manière générale, la venue de ses proches est de bon augure. "Ils ne viennent pas souvent, mais quand ils sont là, c'est bon signe : à chaque fois qu'ils sont présents, je score (rires)" Une situation loin d'être récurrente alors que la famille n'est séparée que de trois heures. Depuis son départ pour Châteauroux, le garçon s'est même habitué à ne pas voir les siens dans les tribunes, par timidité : "En réalité, je n'aime pas déranger ma mère, la faire se déplacer pour me voir jouer au football. Pour aller plus loin, je préfère même évoluer à l'extérieur. Les rencontres sur les terrains adverses t'obligent à être prêt pour le combat dès la première minute. Et puis, marquer face à un public qui essaie de te déstabiliser, c'est assez bon comme sensation (rires). A domicile, il peut y a voir ce semblant de supplément qui te fait perdre le fil. En déplacement, soit tu es meilleur et tu gagnes, soit tu as été en dessous et tu perds". Ce dimanche, même à domicile, Adil et ses partenaires étaient beaucoup plus forts. 

Ce mercredi, le tirage au sort des quarts et demies de la Coupe Gambardella s'est déroulé. Les Pitchouns recevront le Tours FC en quart de finale. Une revanche de la saison passée, au même stade de la compétition. Un rendez-vous manqué par le garçon la saison passée, qu'ils espère bien rattraper cette saison. En cas de succès, c'est alors une nouvelle réception qui se profilerait, avec la venue du vainqueur du choc entre Montpellier et Lyon. L'occasion idéale de revoir la famille du Pitchoun sur les bords de la Garonne. 

 

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