"Ce moment où je soulève
la Coupe, il reste gravé"

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Publié le 23/04/2019 à 18h00
Modifié le 25/04/2019 à 11h02

Samedi à 17h15, Moussa Diarra sera le premier Pitchoun à fouler la pelouse du Stade de France pour la finale de la Coupe Gambardella. Quatorze ans plus tôt, Evan Leduby était à sa place. Le capitaine de l'édition 2005 se rappelle aux bons souvenirs.

 

Evan, on attaque la dernière semaine avant la grande finale au Stade de France pour nos jeunes. Te souviens-tu de la préparation de votre génération, en 2005 ? 

Je me souviens qu'on a tenté de notre côté de préparer ce match comme une semaine normale de compétition, de championnat même. On s'était juste mis à confectionner des tee-shirts, et aussi à prévoir les places pour nos familles. On essayait au maximum de nous mettre dans une configuration de préparation "classique mais particulière". Malgré toute notre bonne volonté, on savait aussi qu'une finale au Stade de France, ça ne se proposerait sans doute qu'une seule fois dans notre vie. 

 

Le portable se met-il à chauffer davantage en début de semaine ? 

Même dès notre qualification pour la finale, quelques heures après la demie. Dès l'instant où le Stade de France devenait un rendez-vous et non plus un objectif, on recevait de nombreux messages, même des personnes assez lointaines ou qui ne se manifestaient que rarement. C'est sans doute le principal défi pour les joueurs : parvenir à se mettre dans sa bulle. Il faut savoir se dire que du monde sera là pour toi, mais tout de même se préparer pour son match. Pour ma part, 50 personnes étaient là pour moi ! 

 

Comment le staff tentait d'appréhender cette rencontre ? 

Le staff tentait d'être vigilant sur toutes les petites attentions, comme les messages,  mais il ne pouvait pas non plus nous priver de nos portables. La finale devait être bien préparée, donc les séances étaient un peu plus strictes. Et puis, nous avions aussi les cours au lycée tout au long de la semaine. La vie continuait, malgré le fait qu'on s'apprêtait à disputer une finale. (ndlr : de son côté, la génération actuelle prépare sa rencontre pendant les vacances scolaires). 

 

N'y avait-il pas aussi un peu de peur, de se blesser notamment, lors des dernières rencontres puis des derniers entraînements avant ce rendez-vous ? 

C'est certain ! Le coach (Jean-Marc Philippon) et le préparateur physique (Stéphane Lasbatx) nous avaient avertis que c'était "la plus grosse bêtise à faire". Même lors de la dernière rencontre avant cette finale, par crainte de faire un faux mouvement, le meilleur moyen de se blesser serait de ne pas jouer ou aller dans les duels à fond. On a essayé tous de faire attention, de continuer à bosser. Mine de rien, même si c'est une finale, il fallait continuer de préparer la suite de la saison derrière. Il y avait d'autres enjeux, et des minutes à aller aussi chercher au-dessus. 

 

En face se présentait l'Olympique Lyonnais avec sur le terrain de sacrés noms en approche : Benzema, Ben Arfa... Vous aviez conscience du défi ? 

C'étaient déjà phénomènes, et on savait que le danger allait arriver de ces joueurs. Ils évoluaient déjà en équipe une, mais aussi en équipe de France avec Kevin Constant. On les suivait déjà, Ben Arfa était aussi connu pour sa vidéo à l'INF Clairefontaine. On savait qu'individuellement, ils étaient capables de nous poser des problèmes. En revanche, sur l'aspect bloc équipe et esprit collectif, on savait que notre équipe disposait de vrais atouts. 

 

Toi le capitaine, avais-tu un rôle particulier, voire davantage de responsabilités, dans la préparation du groupe ? 

En tant que capitaine, je ne pouvais pas modifier le rituel de mes camarades. Chacun devait se mettre dans son match à sa façon. Au contraire, on a insisté sur le fait de prendre ce match de façon "classique", avec une saveur particulière certes. La seule petite modification, c'est la visite du Stade de France la veille de la rencontre. 

 

Justement, quelles sont les sensations à la découverte de ce stade ? 

Elles étaient très mélangées à vrai dire. Déjà les premières minutes sur la pelouse se font avec les yeux d'enfants, puis par la suite un peu de crainte à la vue du nombre de places. On parle du stade de l'équipe de France, de la finale de la Coupe du Monde 1998 ! Il y a donc du frisson, et la conscience que pour revenir sur cette pelouse, il y aura du chemin à faire.

J'ai encore le souvenir de cette parole de Djibril Cissé, expliquant qu'une finale de Gambardella ne se jouait qu'une seule fois dans sa vie, et que de nombreux joueurs n'auraient jamais la chance de jouer sur cette pelouse durant leur carrière. Aujourd'hui, il avait raison, du moins pour moins cas. Je suis revenu voir des matchs à Saint-Denis, mais je n'ai jamais retrouvé les vestiaires ni la pelouse. 

 

Vient alors le match, et le festival offensif de la première période. A la mi-temps (4-0), on se dit que c'est déjà fini, le match et la Coupe sont remportés par le TFC ? 

Non, pas encore, parce qu'on avait déjà vu, et le coach le rappelait, des équipes se faire rattraper quatre buts très rapidement au cours d'une deuxième mi-temps. Evidemment, des joueurs sont rentrés contents dans les vestiaires à la pause, mais il fallait tout de suite faire redescendre cette euphorie. Il y avait cette volonté d'attaquer cette deuxième période comme le début de rencontre. Le coach et le staff avait su nous mettre dans les conditions optimales pour l'emporter. 

 

D'autant qu'avant la finale, vous n'aviez encaissé qu'un petit but depuis les trente-deuxièmes de finale (contre Angoulème). C'était face à Sedan (1-2). 

Oui, c'était notre point fort. Plus que les défenseurs, on était une équipe qui défendait et attaquait ensemble. Sur la finale, des milieux ont marqué aussi, c'est une autre preuve du potentiel complet. Le groupe a été très solidaire. Les quatre défenseurs que nous étions avions l'habitude de jouer ensemble. On se connaissait très bien, donc on avait une confiance commune très importante, qui a aussi fait la différence. 

 

Quel serait ton meilleur souvenir de cette finale, au coup de sifflet final ? 

C'est difficile de n'en retenir qu'un seul. J'ai le souvenir d'avoir profité sur le terrain, sans pour autant lever le pied, quand je voyais les Lyonnais déjouer et ne plus s'entendre. Nous avions mis l'impact nécessaire, l'envie supplémentaire pour battre cette équipe lyonnaise. On se disait que tout le sérieux mis en place, de la semaine de préparation au vestiaire, était en train de payer et que rien ne pouvait nous arrêter. Bloquer un joueur en particulier n'était même pas nécessaire tellement nous maîtrisions le sujet. 

Au coup de sifflet final, il n'y a plus rien qui répond. On ne réalise pas ce qu'il se passe, où nous devons aller. Avec nos coéquipiers ? Avec nos familles ? Je crois qu'on a tous le réflexe de lever les bras au ciel, mais après la suite est à l'instinct. On ne pense qu'à une chose : célébrer notre succès ! Même le speaker nous a demandés de sortir pour la finale des professionnels (ndlr : Sedan - Auxerre). 

Pour ma part, le meilleur moment restera celui où on soulève la coupe tous ensemble ! Finalement, on ne l'a pas avec nous bien longtemps, donc autant en profiter. On l'a fait dans les vestiaires et après tout au long de la soirée. Mais ce moment où j'ai la Coupe avec moi, il reste gravé. 

 

J-4 avant la finale de Coupe Gambardella de nos U19 au Stade de France face à l'AS Saint-Étienne. Tous les soirs, leurs aînés partagent leur recette sur tfc.info.

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